Les habitants évacués de Marioupol ont parlé de la vie dans l’un des endroits les plus chauds de l’Ukraine

Marioupol, la plus grande ville de l’Ukraine au bord de la mer d’Azov, est encerclée par les troupes russes depuis le 1er mars. Et depuis avril, la plus grande partie est contrôlée par la soi-disant « République populaire de Donetsk » et des forces armées de la Fédération Russe. Depuis le début de la guerre la ville est soumise à des bombardements et des frappes aériennes, dont les civils souffrent le plus.

Marioupol reste sans électricité, eau, chauffage et communications mobiles. En même temps la plupart des civils devaient quitter leurs appartements pour se cacher aux sous-sols et dans des abris anti-bombes, où ils vivent encore aujourd’hui.

Les gens qui ont réussi à fuire de la ville ont raconté ce qui se passait à Marioupol.

Dès 6 heures du matin on allumait un feu en pleine rue pour cuisiner et chauffer de l’eau. Très vite les reserves des produits alimentaires ont fini et il n’y avait nulle part où on pouvait les acheter. Un fois on a réussi à sortir au marché provisoire qui a été bombardé le lendemain. Tout d’abord on donnait à manger aux enfants, aux femmes et aux vieux gens.

En ce qui concerne de l’eau il y avait une source aux environs de la ville, mais à cause des bombardements il était dangereux d’y aller. La plupart des habitants ont vidé de l’eau du système de chauffage central pour préparer le repas et boire. Quand il y avait de la neige dans les rues on l’utiliser pour le même but.

Mais préparer le repas sur le feu devenait de plus en plus dangereux car les frappes aériennes ont commencé à être plus intensives. Dès que l’on entendait le grondement d’un avion qui approchait on revenait à l’abri. 

Les gens dont les maisons ont survécu habitaient d’abord dans leurs appartements, mais quand il est devenu plus froid dehors la plupart des habitants sont descendus se réchauffer au sous-sol. Il faisait plus chaud à l’abri (environ 10-12 degrés de plus, dans l’appartement la température est tombée jusqu’à 3-6 degrés). 

Bombardement de bâtiments résidentiels

Selon les paroles des habitants de Marioupol les bombardements dans la ville ne se sont pas arrêtés pendant une heure et le plus souvent les bâtiments résidentiels et les écoles en ont souffert.

Le premier coup dans l’école où se cachaient les habitants d’un des quartiers de la ville s’est produit le 26 février. L’obus a partiellement endommagé l’établissement d’enseignement. Mais le 9 mars l’école a de nouveau été la cible des tirs de mortier, à la suite desquels un incendie a commencé.

Elène qui avait habité avec sa famille en face de cette école a raconté : « Lorsque l’école a commencé à être bombardée des mortiers, je me trouvais dans le sous-sol. Mon mari et ma fille sont restés dans l’appartement. Ils regardaient le bâtiment de l’école en flammes et pleuraient. Je suis sortie du sous-sol avec un chien et un sac de couchage dans les mains. Alors j’ai compris que ma vie ne valait rien. 20 minutes après le bombardement de l’école s’était répété ».

Il convient de noter qu’en raison de l’infrastructure détruite et des hostilités constantes les sauveteurs ne peuvent pas venir à l’appel, les habitants de Marioupol doivent donc lutter seuls contre les incendies.

Anton, l’un des habitants de la ville, raconte son histoire : « Nous étions dans le sous-sol. Nos voisins sont venus en courant chez nous et ont dit que notre appartement était en feu. Il y avait un chat et beaucoup de nos affaires dedans, alors j’ai couru pour l’éteindre. Les gars des maisons voisines (c’étaient des adolescents de 14 à 17 ans) et moi, nous avons pu entrer et verser de l’eau à l’intérieur ». Selon Anton, leur appartement a été complètement détruit. Mais le pire ce sont les coups aériens après lesquels il ne reste rien. 

Meurtre et violence 

Mais les coups aériens et les bombardements d’artillerie ne sont pas la seule menace pour la ville. Les habitants risquent constamment d’être tués ou violés. Les militaires russes peuvent attaquer les gens quand on se rend dans un magasin, une pharmacie.

Les habitants de la ville racontent: 

« Le beau-père d’une amie est allé à la pharmacie et n’est pas revenu, son mari est allé chercher son père un jour plus tard et l’a trouvé tué près de la pharmacie. Nous avons essayé de rester assis au sous-sol tout le temps et de ne pas parler fort, surtout le soir car les Russes cherchaient les habitants ».

« Mon oncle était dans la cour pour aider à enterrer trois voisins. Il a dit que les cadavres sont restés entre les maisons pendant quelques jours, car à cause du gel, ils n’ont pas pu creuser de trou ».

« Des Tchétchènes sont entrés dans des appartements à la recherche des jeunes filles et des femmes. Nous avons caché nos filles dans le sous-sol d’un immeuble de neuf étages et nous priions pour qu’elles survivent. C’était très effrayant quand les soldats russes s’amusaient en jetant les grenades et fusillaient les gens ».

Selon l’ombudsman de l’Ukraine Lyudmila Denisova, les occupants ont récemment commencé à « nettoyer la ville » des corps des civils tués en les brûlant dans des crématoires mobiles.

Vadim Boychenko, maire de Marioupol, a déclaré que jusqu’au 21 mars, les entreprises de services publics registraient encore les meurtres commis par les militaires russes. Le bilan officiel des morts était d’environ cinq mille personnes. De plus, des milliers de personnes tuées par l’artillerie ou les avions ennemis sont restées dans les rues de la ville. Le nombre exact des gans péris, selon Boychenko, est impossible à calculer.

Au début de la guerre, il y avait près de 500 000 habitants dans la ville. Environ 260 000 habitants de Marioupol ont pu être évacués. De plus, selon le maire, environ 40 000 personnes ont été expulsées de force par les troupes d’occupation russes vers la Fédération Russe. Selon ses estimations, les autres citoyens restent dans la ville (vivants ou tués).

M.S pour Maghreb Aujourd'hui

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