La Conférence du Dialogue National Syrien a mis en avant l'urgence d'adopter rapidement une déclaration constitutionnelle temporaire afin d'assurer une transition politique stable et d'éviter tout vide constitutionnel, selon le communiqué final rendu public mardi.
Présentée devant les participants à cette conférence de deux jours, qui s'est tenue au Palais présidentiel de Damas et à laquelle a assisté le président Ahmad al-Charaa, la déclaration a insisté sur la nécessité d’accélérer à la mise en place de cadres juridiques et institutionnels pour soutenir les fonctions de l'État durant cette période de transition.
Par ailleurs, la conférence a réaffirmé fermement l’intégrité territoriale de la Syrie, appelant au retrait immédiat d’Israël des territoires syriens occupés, tout en rejetant catégoriquement toute tentative de diviser le pays.
La conférence a condamné l'incursion d'Israël comme une « violation flagrante de la souveraineté de l'État » et a exigé un « retrait immédiat et inconditionnel ».
La conférence a rejeté les déclarations provocatrices du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et a exhorté la communauté internationale ainsi que les organisations régionales à assumer leurs responsabilités envers le peuple syrien, en les incitant à exercer des pressions pour stopper l'agression israélienne et ses violations.
Dimanche dernier, Netanyahu a juré de transformer le sud de la Syrie en une « zone démilitarisée » et a déclaré qu'Israël ne permettrait pas au nouvel armée syrienne de se déployer dans la région.
Après la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, Israël a élargi son occupation des hauteurs du Golan syrien en saisissant la zone tampon démilitarisée, une mesure violant l'accord de désengagement de 1974 avec la Syrie.
Israël a également profité de la chute du régime syrien pour lancer des centaines de frappes aériennes visant des sites militaires à travers la Syrie, y compris des chasseurs, des systèmes de missiles et des installations de défense aérienne, selon les rapports.
Il a insisté sur le fait que toutes les armes doivent rester sous contrôle de l'État et a qualifié de groupes armés illégaux ceux opérant en dehors des institutions officielles.
Pour faire progresser le processus constitutionnel, la Conférence du Dialogue National Syrien a pris la décision de constituer un comité chargé de rédiger une constitution permanente, garantissant un équilibre des pouvoirs, ainsi que les principes de justice, de liberté et d'égalité.
La conférence a également opté pour l'accélération de la création d'un conseil législatif, qui sera responsable de superviser les fonctions législatives en fonction de la compétence et d'une représentation équitable.
L'importance de la justice transitionnelle a été mise en avant, avec un appel à la responsabilité pour les crimes et violations, à des réformes judiciaires profondes et à la mise en place de mesures légales nécessaires pour assurer la justice.
L'événement a insisté sur la nécessité de promouvoir la coexistence pacifique entre les différentes composantes de la société syrienne, rejetant toute forme de violence, d'incitation et de vengeance, afin de favoriser une stabilité sociale durable et une paix civile durable.
Une attention particulière a été portée à la défense de la liberté comme valeur fondamentale, un acquis précieux payé par le sang des Syriens, et à la protection de la liberté d'expression.
Enfin, la déclaration a souligné l'importance de cultiver une culture du dialogue au sein de la société syrienne, encourageant la poursuite des discussions à divers niveaux et la recherche de mécanismes adaptés pour soutenir cette démarche.
Elle a par ailleurs appelé au respect des droits de l'homme, au soutien du rôle des femmes dans tous les domaines, à la protection des droits des enfants, à la prise en charge des personnes handicapées et à la participation active des jeunes dans l'État et la société.
La conférence a endossé le principe de citoyenneté, rejetant toute forme de discrimination fondée sur l'ethnie, la religion ou la secte, tout en plaidant pour l'égalité des chances et le rejet des quotas sectaires et ethniques.
Elle a également souligné la nécessité d'un développement politique fondé sur des principes garantissant une large participation de la société à la politique, par l'adoption de lois appropriées.
Sur le plan économique, la conférence a appelé à la levée des sanctions internationales contre la Syrie, qui constituent désormais un fardeau direct pour le peuple depuis la chute du régime Assad. Ces sanctions entravent les efforts de reconstruction et le retour des déplacés et réfugiés, a-t-elle déclaré.
L'UE, les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres gouvernements ont imposé de lourdes sanctions à la Syrie en réponse à la répression militaire du régime Assad contre les manifestations pacifiques qui ont commencé en 2011, appelant à un transfert pacifique du pouvoir.
Bien que les États-Unis et l'UE aient annoncé un allégement partiel des sanctions après la chute d'Assad, ils ont maintenu les conditions, y compris la formation d'un gouvernement représentant toutes les factions syriennes, y compris l'opposition, sur la base de normes démocratiques.
La conférence a également souligné l'importance de relancer le développement économique, en particulier dans l'agriculture et l'industrie, en adoptant des politiques économiques incitatives qui favorisent la croissance, encouragent les investissements, protègent les investisseurs et répondent aux besoins du peuple pour soutenir la prospérité nationale.
Elle a appelé à la réforme des institutions publiques et à leur restructuration, en initiant le processus de transformation numérique pour améliorer l'efficacité institutionnelle, lutter contre la corruption et remédier à l'inefficacité administrative, tout en tenant compte des critères d'emploi fondés sur le patriotisme, l'intégrité et la compétence.
Elle a par ailleurs insisté sur le rôle des institutions de la société civile pour soutenir la communauté, en renforçant la participation des associations caritatives aux efforts de reconstruction dirigés par l'État et en assurant le soutien de l'État aux organisations de la société civile pour garantir leur participation active à la réalisation du développement et de la stabilité.
Sur le plan éducatif, la conférence s'est concentrée sur le développement du système éducatif, la réforme des programmes et la création de plans pour combler les lacunes éducatives, garantir une éducation de qualité et se concentrer sur l'éducation professionnelle afin de créer de nouvelles opportunités d'emploi.
La conférence a également mis en évidence l'importance de lier l'éducation aux technologies, afin d'assurer un avenir meilleur pour les générations à venir.
Conformément au principe de transparence, la déclaration a précisé qu'un rapport détaillé serait publié par le comité préparatoire, exposant les contributions et les points de vue des participants à cet événement.
Le 12 février, Ahmad al-Charaa a pris la décision de former un comité préparatoire pour la Conférence du Dialogue National, en fixant les dates des 24 et 25 février. La conférence s’est tenue lundi, avec la participation de représentants de divers secteurs sociaux et groupes.
Bashar al-Assad, qui a dirigé la Syrie pendant près de 25 ans, a quitté le pays pour la Russie après que des groupes anti-régime aient pris le contrôle de Damas le 8 décembre, mettant ainsi fin au régime du Parti Baas, en place depuis 1963.
Le 29 janvier, Charaa a été nommé président syrien et a désigné Mohammed Al-Bashir pour former un gouvernement chargé de superviser la période de transition.
Source: AA