Le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a clôturé ce jeudi 13 février 2025 la Conférence de Paris pour la Syrie en mettant en avant "trois résultats majeurs" obtenus au cours de cette rencontre internationale.
« Il y a 67 jours, grâce à la résistance héroïque du peuple syrien, le régime de Bachar al-Assad a été renversé », a-t-il rappelé en introduction.
Il a souligné que cette conférence, la troisième du genre après celles d’Aqaba et de Riyad, a permis de renforcer la coordination internationale autour de la reconstruction du pays et du processus de transition.
Par voie de déclaration commune, 20 pays et quatre organisations internationales, dont l’ONU, la Ligue arabe et l’Union européenne, ont officiellement soutenu la transition syrienne.
« C’est la première fois qu’un tel texte est endossé », a affirmé Barrot, estimant que cela traduit une conviction unanime : « L’échec n’est pas une option et la réussite de la Syrie est dans l’intérêt de tous. »
- Une participation inédite de la société civile
Le chef de la diplomatie française a mis en avant un second résultat clé : la société civile syrienne a pu, pour la première fois en plusieurs décennies, s’adresser directement aux nouvelles autorités du pays.
« Ce matin, au Quai d’Orsay, avec le ministre syrien de la transition, Assaad al-Chaibani, nous avons reçu des représentants de la société civile », a indiqué Barrot. Il a salué la portée symbolique de cet échange, les acteurs civiques ayant exprimé « leur satisfaction et leur profonde émotion » de pouvoir contribuer à l’avenir de leur pays.
Un troisième point majeur a concerné la coordination des bailleurs de fonds internationaux. Ces derniers, réunis sous l’égide des Nations unies, sont convenus de mettre en place un groupe de travail pour optimiser l’aide économique et humanitaire. L’objectif est d’assurer un soutien efficace et complémentaire pour accélérer le redressement du pays.
- Un processus de transition politique en marche
Jean-Noël Barrot a également dressé un bilan des avancées réalisées en Syrie depuis la chute du régime al-Assad. Il a souligné la mise en place d’un comité préparatoire au dialogue national, composé de sept personnalités, dont quatre issues de la société civile et deux femmes.
Il a aussi annoncé qu’un nouveau gouvernement syrien de transition sera nommé le 1er mars. « Nous attendons cette étape avec attention, mais les engagements pris semblent être respectés », a-t-il précisé.
Par ailleurs, le ministre a rappelé que le directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) s’est rendu en Syrie le 7 février, marquant un premier pas vers la destruction des stocks d’armes chimiques, considérés comme une menace pour la sécurité régionale et internationale.
- Des défis immenses et un soutien international renforcé
Malgré ces avancées, Jean-Noël Barrot a insisté sur les nombreux défis à venir. Parmi eux, la lutte contre le terrorisme, en particulier contre Daech et d’autres groupes radicaux, la reconstruction économique et la gestion du retour des réfugiés.
Sur ce dernier point, il a annoncé que la France a mis en place un dispositif permettant aux réfugiés syriens établis en France de bénéficier de sauf-conduits pour rentrer temporairement dans leur pays sans perdre la protection internationale dont ils disposent.
Le ministre a également évoqué l’importance de la justice transitionnelle et du devoir de mémoire, citant le cas de la prison de Sednaya, tristement célèbre sous l’ancien régime. « Nous souhaitons qu’elle devienne un lieu de mémoire et de réconciliation nationale », a-t-il déclaré.
- Une coopération régionale et internationale clé
La conférence a aussi été l’occasion de discuter des relations entre la Syrie et ses voisins, notamment le Liban. Jean-Noël Barrot a affirmé que la sécurisation de la frontière syro-libanaise est une priorité pour éviter toute instabilité dans la région. Il a assuré que la France continuera d’apporter son soutien aux forces armées libanaises pour assurer cette mission.
Interrogé sur la position des États-Unis en Syrie, le ministre a souligné que la lutte contre le terrorisme reste un enjeu de sécurité mondiale et qu’un retrait précipité des forces américaines pourrait fragiliser la transition syrienne. « Si cela devait arriver, la France maintiendra son engagement, car c’est aussi la sécurité des Français qui est en jeu », a-t-il insisté.
Enfin, concernant l’aide humanitaire et économique, il a confirmé que la France consacrera 50 millions d’euros à l’aide humanitaire pour la Syrie en 2025 et que l’Agence française de développement (AFD) enverra bientôt une délégation sur place.
Source: AA