‘’La France est attachée à sa relation avec l’Algérie’’, dit Jean-Noël Barrot depuis la Grande mosquée de Paris

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a souligné combien la France était ‘’attachée à sa relation avec l'Algérie’’, mardi à la Grande mosquée de Paris.

Invité au quatrième ‘’iftar des ambassadeurs’’ - repas de réception organisé par la mosquée pour la rupture du jeûne du ramadan - le responsable du Quai d’Orsay a déclaré que ‘’La France est attachée à sa relation avec l'Algérie avec laquelle nous sommes unis par des liens complexes, mais d'une densité sans équivalent et des intérêts partagés’’.

‘’Les tensions actuelles, dont nous ne sommes pas à l'origine et qui ont connu lundi un nouveau développement problématique, ne sont dans l'intérêt de personne ni de la France, ni de l’Algérie’’, a-t-il ajouté.

Pour rappel, le ministre français de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a annoncé, vendredi dernier, avoir transmis à l’Algérie une liste de personnes jugées ‘’dangereuses’’ qui seront renvoyées dans leur pays. Alger a rejeté, lundi 17 mars, ‘’sur la forme et le fond la démarche de la partie française’’.

Selon le communiqué de la diplomatie algérienne, le Secrétaire général du ministère, Lounès Magramane, ‘’a remis au Chargé d'Affaires français une note verbale contenant la réponse officielle des autorités algériennes’’.

‘’Dans cette réponse, l'Algérie réaffirme son rejet catégorique des menaces et des velléités d'intimidation, ainsi que des injonctions, des ultimatums et de tout langage comminatoire’’, a précisé le communiqué.

Et d'ajouter : ‘’En outre, l'Algérie désapprouve l'approche sélective de la France vis-à-vis des accords bilatéraux et internationaux liant les deux pays. Elle réaffirme qu'en ce qui la concerne, l'Algérie n'est animée que par le souci de s'acquitter de son devoir de protection consulaire à l'égard de ses ressortissants’’.

‘’Nous voulons résoudre ses tensions avec respect’’ mais aussi ‘’exigence, franchise et sans faiblesse, sans rien céder sur les intérêts des Français qui sont notre boussole’’, a expliqué Jean-Noël Barrot qui avait dans l'après-midi affirmé que le rejet par Alger d'une liste d'Algériens expulsables ‘’porte atteinte’’ aux intérêts de la France.

Le ministre français des Affaires étrangères a assuré qu’ ‘’il va de soi que les millions de nos concitoyens liés d'une manière ou d'une autre à l'Algérie n'ont rien à voir avec les difficultés que nous rencontrons aujourd'hui avec les autorités algériennes, ils ont le droit à la tranquillité’’.

De son côté, le recteur de la Grande mosquée, Chems-eddine Hafiz, avait défendu son institution, ‘’marque de l'amitié entre la France et les terres d’islam’’. ‘’Votre présence, monsieur le ministre, honore ces liens qui, par-delà les blessures du passé et certaines crispations actuelles, peuvent être entendus et entretenus’’, a-t-il ajouté.

Faisant valoir les efforts de la Grande mosquée de Paris qui ‘’contrarient les disciples de la division’’, le recteur a défendu ‘’l’histoire singulière’’ de cette institution avec l'Algérie. ‘’Cette histoire lui a permis de soutenir la pratique harmonieuse de l'islam en France, d'accompagner la citoyenneté des musulmans et de lutter contre l’extrémisme’', a affirmé Chems-eddine Hafiz. ‘’Dans le climat de graves tensions que nous connaissons, la Grande mosquée de Paris garde toute sa sérénité et entend continuer sur le chemin de l'apaisement et de l'espoir d'une relation vertueuse entre la France et l’Algérie’’, a-t-il dit.

Pour rappel, le contentieux historique entre l’Algérie et la France est très profond. En plus de la question des archives et la restitution des biens d’Algériens confisqués, l’Algérie réclame aussi des réparations sur les essais nucléaires français en Algérie et l’indemnisation des victimes. L’Algérie demande en outre la reconnaissance des crimes coloniaux par la France officielle.

Les relations entre les deux pays se sont dégradées davantage, depuis l’été 2024, sur fond de reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. En réaction, l’Algérie a retiré son ambassadeur à Paris et le président algérien Abdelmadjid Tebboune a annulé un déplacement en France, prévu initialement en septembre 2024.

Plus récemment, l’affaire de l’emprisonnement de l’écrivain algéro-français, Boualem Sansal et le refoulement de migrants, dont l'influenceur algérien Doualemn, ont suscité la colère des autorités françaises qui menacent désormais de recourir au ‘’rapport de force’’, selon les déclarations répétitives du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau.

Côté algérien, le président Abdelmadjid Tebboune a pointé ‘’des déclarations hostiles tous les jours de politiques français’’, qualifiant le dialogue avec son homologue français, Emmanuel Macron, de ‘’perte de temps’’ et mettant en garde contre ‘’une séparation qui deviendrait irréparable’’.

‘’Nous avions beaucoup d'espoirs de dépasser le contentieux mémoriel (...) Mais, plus rien nʼavance si ce nʼest les relations commerciales. Le dialogue politique est quasiment interrompu’’, a-t-il déploré.

Le 25 février 2025, Paris a décidé de restreindre l’accès au territoire français de certains responsables algériens pour ‘’défendre les intérêts des Français’’.

Source: AA

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